Vivre avec la dépression

Le temps d’un texte, j’ai décidé de me réapproprier mon blog.

Le 19 août 2014, dans mon ancienne vie de blogueuse, j’ai publié cet article concernant la dépression. Je me rappelle avoir beaucoup hésité avant de l’écrire, mais je me disais que le message était trop important pour le taire. J’ai bien fait, parce que j’ai reçu quelques messages privés de la part de personnes me confiant utiliser mon texte pour faire comprendre à leur entourage ce qu’ils vivent. Ma job était faite et j’étais satisfaite. Ç’a toujours été mon but, en bloguant sur des sujets plus importants et sérieux: aider.

Mais là, c’est moi qui ai besoin d’aide à nouveau. Ça ne va plus. J’ai glissé et je suis retombée. Je ne l’ai pas vu venir. Elle est vraiment insidieuse et sournoise, la dépression. Elle fait sa place tranquillement dans ta tête et ton corps et elle finit par tout contrôler.

Je choisis d’en parler, parce que c’est la seule façon de démystifier la maladie. D’en finir une fois pour toutes avec les préjugés. Pensez-vous vraiment que quelqu’un choisit volontairement une vie où tout est noir et triste? Je n’ai crissement pas fait le choix de me battre contre la dépression dans la vie.

J’ai passé par dessus la honte, il n’y en a plus. L’acceptation est plus difficile dans mon cas. Je ne le prends juste pas. Je ne peux pas faire autrement que de ressentir de la culpabilité. Je m’en veux de rendre la vie de mon entourage plus difficile. Qui a besoin d’un fardeau de plus dans la vie? Ben c’est ce que je suis pour tout le monde. Pas que mon chum ou mes parents me font sentir comme un poids, mais je sais que mon cas pèse beaucoup trop sur leurs épaules et ça me déchire. La vie est déjà assez compliquée sans avoir à ramasser quelqu’un à la petite cuillère quotidiennement.

À la petite cuillère, oui. Parce que y’a des jours où j’arrive à fonctionner, j’imagine. Plutôt comme un robot ou un zombie, mais tout de même. Et y’a d’autres jours où je ne suis qu’un simple corps dans un lit. Carrément braindead. J’ai peut-être bien juste 32 ans, mais mon corps feel comme 85. Ma concentration se fait rare, les migraines sont trop présentes, la fatigue est étouffante. Je n’ai peut-être pas un bras ou une jambe dans le plâtre, mais mon cerveau et mon cœur sont profondément blessés. Ça ne compte pas, ça? On ne le voit pas, donc ça n’existe pas. Voilà le plus gros problème avec la maladie mentale, elle n’est pas tangible. Toujours ce besoin de justifier, quand pourtant personne ne demande à un accidenté s’il a vraiment mal ou bien si c’est pas juste dans sa tête.

La chose la plus difficile pour moi, c’est le moment où je réalise que je n’ai plus aucun intérêt pour mes passe-temps et mes passions. Tu te sens vide comme y’a pas de mots pour le décrire. Dans quel but vivre si y’a plus rien qui t’allume? Si t’as plus de rêves parce que tu penses que la vie t’a crissé là? Parce que c’est ainsi que ça fonctionne dans un cerveau dépressif: tout est amplifié et tordu. Pas moi qui l’invente, c’est comme ça. Il me reste peut-être un petit 20% d’intérêt pour la photographie, mais je sens tout ça s’en aller doucement aussi. Comme le reste.

En ce moment, je suis en congé de maladie. Je compte prendre moins de temps que conseillé par le médecin, parce que j’ai trop peur du piège de la maison. Prendre le pli de ne rien faire. Quoique je ne sais plus trop, parce que je me sens si coupable d’être en arrêt de travail que je ne crois pas que je me plairais tant dans ce pattern-là. Je ne sais pas encore ce que je ferai. Juste aller chercher de l’aide, ça me demande de l’énergie que je n’ai vraiment pas. Mais je sais que c’est la seule solution. J’ai besoin de quelqu’un qui me fera comprendre et accepter ma maladie. J’ai besoin de me faire tenir la main comme une enfant. J’ai besoin de beaucoup de support.

La détresse psychologique, la dépression et la maladie mentale, y’a pas vraiment de façon de les décrire pour faire comprendre pleinement. Ma noirceur je la vis seule, même si je suis entourée. Ma famille peut m’aider à rester accrochée, mais elle ne saura jamais la tristesse et la douleur qui me traverse. Ça ne se dit pas. Ça ne s’écrit pas. Ça se vit.

Si vous connaissez quelqu’un qui vit des moments difficiles, dites-leur que vous êtes là. C’est possible que la personne puisse vous donner l’impression d’être distante ou qu’elle ne veuille pas de votre aide. Mais ce n’est pas le cas, je vous jure que ce n’est pas le cas. On ne sait juste pas toujours comment crier à l’aide, c’est tout.

À maman, papa et mon amour: je sais que vous avez hâte de retrouver votre comique, mais le clown est seulement hors d’usage pour une période indéterminée. Je vous aime, et merci de vivre ces moments rough avec moi.

xox

PS. Aujourd’hui, Bell versera 5¢ à des programmes consacrés à la santé mentale pour chaque:

  • Message texte envoyé* (clients Bell seulement)
  • Appel mobile ou interurbain effectué* (clients Bell seulement)
  • Tweet utilisant le mot-clic #BellCause
  • Partage de l’image Facebook

Vous voulez bien causer pour la cause, s’il-vous-plait?

*crédit image à la une via Unsplashed