Ces phrases qu’il ne faut jamais dire à une personne dépressive

Aujourd’hui, vous ne retrouverez pas ma petite pointe d’humour habituelle dans ce texte. Je vais être franche: j’ai énormément hésité avant d’écrire cet article. Parce qu’avec le récent triste décès de Robin Williams, le web déborde de billets sur le sujet (ce n’est pas une mauvaise chose, si vous me demandez mon avis) et parce que je m’apprête à faire revivre de grosses blessures.

Je sais que ça peut être lourd à lire, et il n’y a rien de divertissant ni de rigolo à propos de la dépression, mais c’est une réalité qu’encore trop de gens refusent de voir en pleine face et il faut à tout prix en parler le plus possible. J’ose espérer connaître le jour où les préjugés et la mesquinerie face à la dépression tomberont. Je le souhaite vraiment de tout cœur.

En 2005, je suis sortie d’un bureau de médecin avec une prescription d’antidépresseurs et un papier d’arrêt de travail pour 3 semaines (j’aurai éventuellement donné ma démission après ces 3 semaines, incapable de retourner au travail). J’avais 22 ans et j’étais complètement détruite de l’intérieur. Dire que j’étais ben maganée est un euphémisme. Les mots pour décrire comment on se sent pendant une dépression n’existent tout simplement pas. Je savais que je n’allais vraiment pas bien, mais mon déni a quand même bel et bien duré plusieurs trop longs mois. Ça ne pouvait pas être ça: trop jeune, trop honte, trop démunie. La maudite vérité, c’est que la dépression frappe partout. Elle se fout de l’âge, du sexe et du statut social.

Les raisons qui font que j’ai un jour touché le fond du baril m’appartiennent. Je n’ai pas à justifier pourquoi j’ai été malade, je l’ai été, point. Même chose pour tous les gens qui souffrent de dépression. C’est une condition médicale extrêmement complexe, qui peut prendre des années à guérir. Dans mon cas, un an et demi a été nécessaire pour me refaire petit peu à petit peu. Un an et demi durant lequel j’ai eu droit à tous les commentaires méchants inimaginables, perdu un emploi et pris des médicaments qui m’ont laissé des séquelles pour la vie. Se casser un bras, ça fait pas du bien. On va chez le médecin, il fait un plâtre, on reste tranquille quelques semaines et c’est fini on en parle plus. Mais quand on a mal dans son cœur et dans sa tête, on fait quoi? Qui répare ça? Qui vient mettre un baume pour apaiser la douleur? Qui met un plaster sur le bobo? N’oubliez jamais que ce n’est pas parce que ce n’est pas visible que ça n’existe pas.

depression-medication

« Comment est-ce que c’est la dépression? » a-t-il murmuré. « C’est comme te noyer, sauf que tu vois tout le monde autour respirer. »

 

Aujourd’hui, je vais bien. Mais je sais jusqu’au plus profond de moi-même que je ne suis pas à l’abri de la dépression. Je n’en ai plus honte maintenant, et s’il fallait qu’un jour ça m’arrive encore, je ne culpabiliserai pas. C’est une promesse que je me suis faite.

J’ai vraiment pu constater durant ma dépression à quel point la plupart des gens sont divisés en deux clans: ceux qui ne savent pas comment agir avec les dépressifs (je ne les blâme pas) et ceux qui n’y croient tout simplement pas. Pour la première catégorie, je peux comprendre. Difficile de trouver les bons mots à dire à une personne qui croit que sa vie ne vaut plus la peine d’être vécue. C’est si délicat. Tandis que pour la deuxième catégorie, ces gens refusent de croire que la personne dépressive est en détresse, qu’elle devrait juste se botter le cul. Les mots font mal à en glacer le sang. Pourtant, le simple fait de savoir que les autres sont présents pour nous vaut un million de fois plus que des mots bien souvent mal choisis (involontairement, je sais).

Si vous connaissez quelqu’un qui souffre de dépression, vous savez à quel point la situation est délicate. Que ce soit une personne proche de vous ou non, tournez votre langue dans votre bouche sept fois avant de dire quelque chose qui risquerait de blesser beaucoup plus que vous ne pourriez le penser. Évitez, entre autres, les cinq phrases suivantes:

 

1. Je te comprends donc!

Euh, non. À moins, bien évidemment, que toi aussi tu aies vécu une dépression, laisse tomber cette phrase qui se veut empathique, mais qui est plus fâchante qu’autre chose. Je t’explique: non, tu ne peux pas te mettre à ma place. La souffrance d’une personne ne se mesure pas, et trop souvent, on sous-estime les dommages. Tu ne peux pas vraiment comprendre, et c’est correct, je ne te demande pas de pouvoir le faire. Tu peux certainement avoir de l’empathie par rapport à ma situation, et je t’en remercie, mais ce manque de délicatesse tend malheureusement à banaliser la chose.

 

2. T’as juste à te prendre en main!

Ouais, bon, si c’était juste ça, peut-être que je ne serais pas en train d’écrire un article sur la dépression parce que j’en aurais jamais fait une. En pleine dépression, mes raisonnements ne sont plus les mêmes. Ce qui te semble à toi si simple à accomplir est en fait une montagne à escalader pour moi. Le moindre geste quotidien devient un supplice. Je sais que tu crois que j’exagère. Si seulement! Personne ne choisit de broyer du noir; y’a rien de l’fun là-dedans. Tu crois que je prends plaisir à penser que je ne vaux rien et ne pas aimer la vie? Oui, il faut aller chercher de l’aide. Oui, il faut vouloir s’en sortir. Essaie de comprendre que ça ne se fait pas en claquant des doigts, c’est tout.

 

3. La dépression, c’est pour les paresseux!

Par là, tu insinues que tout ce que je veux, au fond, c’est obtenir un congé de travail. Que c’est lassant, ce préjugé. Je sais que tu crois que les dépressifs sont des lâches. Moi je te réponds, et je mâche mes mots, qu’il faut être très ignorant pour penser ainsi. Je ne te dis pas que personne n’a jamais utilisé ce motif pour obtenir quelques semaines de repos. Pas très honorable, mais bon. Ne mets jamais les gens dans le même panier sans savoir. Puisque je ne me sens déjà pas assez coupable et merdique d’avoir à prendre un congé de maladie, pourquoi ne pas en rajouter en plus, right? J’ai tellement besoin de me faire caler en ce moment, vas-y, gâte-toi.

 

4. C’est dans ta tête!

Oui, effectivement. Dans ma tête, il se passe quelque chose de chimique qui fait en sorte que je ne vais pas bien. Mais ce n’est pas ce que tu veux dire; tu crois que c’est moi qui invente un problème. Clairement, tu ne crois pas que la dépression est une maladie. Tu crois que c’est seulement un état d’âme passager, que ça ira mieux demain. Ou pire encore, tu penses que je m’imagine des problèmes. C’est si simple comme explication, après tout. Dans mon cas, on m’a vraiment déjà balancé un « arrête donc de faker ». Encore là, si c’était seulement un jeu…

5. Mais qu’est-ce que t’as à être déprimée?!

En quoi est-ce que ça te concerne? Je dois vraiment te faire un bilan de ma vie pour que tu me croies quand je te dis que ça ne va pas? En surface, comme ça, c’est possible que tout ait l’air merveilleux dans le meilleur des mondes, mais en dessous, je suis usée à la corde. Trop de fois a-t-on eu la preuve que même les gens qui semblent si heureux, ceux à qui la vie semble tout le temps sourire peuvent cacher une immense noirceur et tristesse. Il n’y a pas de bonne ou mauvaise raison. Personne ne réagit de la même façon aux coups durs. De plus, certains cas de maladie mentale sont génétiques. Tu n’as pas le droit de décider si une personne a raison d’être dépressive ou non.

 

Si vous croyez être dépressif, ou connaissez quelqu’un qui a besoin d’aide, de grâce gardez bien en poche les ressources suivantes:

 

 

  • Audrey R

    Le plus difficile pour moi, en dehors du fait que bien sûr personne ne comprenait, a été de me faire soigner.
    Je ne montre pas mes émotions, et même en me retrouvant aux urgences, combien de fois les médecins ont dit à mes parents que je faisais cela pour avoir de l’attention, que je n’étais pas dépressive, et que tout dépendait de moi… Ma dépression ne se voyait pas assez, et je parlais comme si tout allait bien avec les médecins car je me sentais protégée donc mieux.
    Bien sûr que cela dépendait de moi, mais pas que…
    Je ne peux même pas dire ce qui m’a aidé. Je me rappelle juste du jour où j’ai ressenti comme un déclic, où je me suis dit: « quoiqu’il arrive tu ne pourras pas tomber plus bas ». Cette phrase m’a aidé.
    Mais me considérer guéri. Non. En rémission, oui.
    J’ai pris mes distances avec les personnes nocives durant cette période, car elles le sont encore à mes yeux.
    Je ne vais pas faire l’hypocrite en disant que j’étais fan de Robin Williams. Je ne suis pas du genre « fan » à la base. J’ai apprécié ses films, mais je ne le connaissais pas. Par contre, son décès m’a bouleversé. Cela aurait pu être moi si j’avais eu le courage. Et oui, il n’y a pas d’âge ou de profil type pour être touché.

  • Superbe article ! Je sais que c’est difficile d’écrire là-dessus, moi-même je n’ai pas encore osé passer le cap de raconter le burn out que j’ai vécu au travail… C’est plus facile d’écrire des billets d’humour ! Alors merci pour cet article :) ! La dépression est une chose étrange, incompréhensible tant qu’on ne la vécue de près. Avant, je faisais partie de ceux qui trouvent que c’est exagéré, que ce sont des personnes qui ne se prennent pas en main, qui ont la flemme ! Et puis le jour où ça m’est tombé dessus, mais aussi le jour où j’ai perdu un collègue dépressif lui aussi… ma vision des choses à changé… et maintenant je me bats pour vivre ma nouvelle vie, recommencer à zéro, loin des angoisses ! Pas facile…

  • Ton article est très évocateur…
    Merci d’en parler et de faire ouvrir les yeux à certaines personnes !!!

  • Si je pouvais mettre ton article dans les boites aux lettres des gens de mon entourage ou si je pouvais le faire imprimer pour que tout le monde le voit, je le ferais !
    Je crois que la réaction des gens m’a pas mal perturbée pendant ma dépression, et encore aujourd’hui, quand une de mes potes ose mettre ma dépression sur le même plan ses problèmes de poids parce qu’elle a 5 Kg en trop à la même période, ça me donne envie de hurler ! Oui, elle raconte à tout le monde que nos vac ensemble étaient pas top car on était pas bien en même temps : oui j’avais littéralement envie de me jeter par la fenêtre et toi tu voulais rentrer dans ton 36… C’est pareil hein… RAAAH !
    Il m’a fallu du temps pour m’en remettre et encore je pense que j’ai encore un peu de chemin à faire… Mais je vais mieux, les cachets ont été, quitter mon boulot aussi.

    En tout cas merci pour ton article !

    • Marie-eve

      Merci pour ton commentaire.

      Ça peut arriver à tout le monde de filer un mauvais coton, ça je le comprends. Mais une personne dépressive ne passe pas seulement une courte période à ne pas bien aller. Il y a souvent un élément déclencheur et ensuite tout s’emballe et dégénère. Tandis qu’avoir le moral bas à cause d’une situation particulièrement triste ou qui nous affecte n’a rien à voir avec une dépression, même si les deux ne sont pas banals pour autant.

      Les gens ne font pas bien la distinction entre les deux, parce que pour beaucoup d’entre eux, le concept de la maladie mentale est trop abstrait.

      • Non, c’est clair que les gens ne font pas la distinction. Et surtout ils ne se rendent pas compte de l’effet que peuvent avoir leurs mots.

        (Je viens de relire mon commentaire au-dessus, je me suis pas relue avant de poster et ça se voit :D)