Dysmorphobe, moi?

« Le charme, c’est de la bonté donnée à la laideur » -Christophe Bon

Vous en pensez quoi, de cette citation? Ça pourrait pas être plus right on. Parce que si tu es laide ou laid (comprendre ici si tu ne corresponds pas aux standards de la société), il y a de grosses chances que tes qualités se doivent de compenser pour ta laideur. Un être humain pas trop gâté par la nature, on aime pas trop trop ça; ça rend mal à l’aise, ou pire: ça fait pitié.

Faque on lui garoche une couple de compliments pour pas qu’il se sente trop mal dans sa difformité. Qui n’a jamais entendu ou même dit la fameuse phrase « Tsé, est pas ben belle, mais est super fine par exemple » ? Comme si ça rendait le tout correct de traiter quelqu’un de laid.

Une petite anecdote qui m’est arrivée la semaine passée m’a fait réaliser à quel point c’est touché de parler du physique de quelqu’un. Surtout si la personne en question est un fille. Pis surtout surtout si la dite personne, c’est moi. Parce que moi, et c’est mon problème, je prend tout au pied de la lettre. Si tu me trouves laide, si tu penses que j’ai 20 livres en trop, si t’aimes pas la façon dont je suis habillée, je veux juste pas le savoir. L’affaire, c’est que je sais pas trop si j’ai raison de m’en faire, au fond, peut-être que c’est moi qui capote. Mais à mon sens, y’a des affaires qui se disent pas. Ou bien tout se dit, faut juste savoir comment le dire? Je sais plus vraiment. Mais s’attaquer au physique de quelqu’un, ça peut faire du tort. Y’a des conséquences. On ne sait jamais ce qui se passe dans la tête de quelqu’un.

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Quand t’es une fille de 5’5 qui pèse 165 lbs, laisse-moi te dire que t’es pas considéré pantoutte comme la crème de la crème en terme de beauté. J’aurais beau avoir la face de Claudia Schiffer, celle d’Angelina ou celle de qui tu voudras: mon 30 livres en trop (en trop selon qui, au fait, mais bon c’est le message que je reçois) va toujours jouer contre moi. Parce que je suis celle de qui on dit « A pourrait être belle si était mince ». Vous pensez que j’exagère? J’aimerais bien ça, mais on me l’a déjà dit en pleine face. Ça pis plein d’autres belles affaires gratifiantes.

Ça te fait pas une estime personnelle ben ben forte, je te le confirme. J’essaie tant bien que mal de me rentrer dans tête que je peux avoir de l’allure, moi aussi, même si j’ai pas de thight gap, pis que je connaîtrai jamais rien d’autre que mes cuisses qui frottent l’une contre l’autre, mais crime, c’est pas si facile que ça. C’est bien beau les modèles « taille plus » (genre elles ont un micro bourrelet au niveau du ventre quand elles se penchent that’s it), mais pourquoi en faire tout un plat, comme si on montrait quelque chose de si différent? Moi, des filles comme ça, j’en vois partout, pis pas mal plus souvent que celles qui tiennent à peine debout.

J’ai vraiment une relation de marde avec la beauté. En grosse partie parce que ce que je vois partout est le contraire de ce que je suis. Pis parce que le miroir me renvoie une image fausse. Pourtant pour une fille de 30 ans, je devrais catcher un moment donné que toute cette perception est fake. Mais ça rentre pas. J’ose même pas imaginer si j’étais ado, là présentement, en 2013.

L’été passé, j’ai connu une fille d’environ 20 ans, à des années-lumière de la pitoune moderne. Assez average, même. Mais la confiance en elle lui sortait par les pores, tellement que c’en était impossible de ne pas la trouver belle. Je pensais avoir compris ben des affaires en rencontrant cette fille-là, mais la leçon a vite été oubliée. Toujours le même bon vieux pattern qui recommence.

Pourquoi est-ce que je parle encore de ça? Certainement pas parce que ça me fait plaisir. Surtout pas pour faire pitié non plus. J’en parle une fois de plus aujourd’hui parce qu’après avoir lu beaucoup sur le sujet, je me suis rendue compte que je souffre peut-être (aucune expertise médicale encore, à date ce n’est que ma théorie) de dysmorphophobie. Jusqu’à tout récemment, je ne connaissais même pas l’existence de ce trouble. J’ai fouillé le web, acheté quelques livres. Je ne pose pas un réel diagnostic sur moi-même, je constate seulement.

Je ne tenterai pas d’expliquer la dysmorphophobie, c’est très complexe et chaque cas est différent. Si je partage tout ça avec vous, c’est pour vous mettre au courant. Avoir des complexes, ça fait parti de la vie, bon, faut vivre avec. Mais quand ça prend des proportions exagérées, au point de vraiment nuire à votre quotidien, agissez, parce que c’est une réelle souffrance et il existe des moyens pour régler le problème (j’en suis pas encore là).

Tout est une question de temps.

L’information liée à la dysmorphophobie est relativement difficile à trouver, encore plus en français, mais voici quelques livres à considérer: