Être vieille dans sa tête (même à 30 ans)

Tout a commencé quand j’ai eu 30 ans. Pas que je trouve ça vieux 30 ans, quand même, capotez pas là. Je niaise ben gros avec ça, le fait de dire que j’suis rendue une p’tite vieille, mais c’est pas sérieux.

Mais il y a quelque chose qui a tranquillement commencé à me trotter dans la tête, un questionnement qui m’a sauté au visage si vite que je ne l’ai jamais vu venir : et si j’étais en train de devenir plate? Pas parce que tu franchis le cap de la trentaine que tu deviens poche, c’est pas ce que j’essaie de dire. Dans mon cas, j’ai seulement trouvé que je m’assagis un peu trop à mon goût. Remarquez, ça avait commencé un peu avant, ça c’est pas passé la journée même où j’ai eu 30 ans. Ce chiffre a tourné le fer dans la plaie un peu plus, c’est tout. Maintenant, je vais tenter de vous expliquer mon état d’esprit.

« Cacher son âge, c’est supprimer ses souvenirs. » – Arletty

J’ai toujours détesté le terme « matante », parce qu’être « matante », c’est dans la tête que ça se passe. Je connais des femmes qui ont 30 ans de plus que moi et qui sont loin de fitter dans le moule de la « matante » typique.  C’est relatif. Ma définition du terme est sans doute différente de celle du voisin, mais c’est comme ça. Pour moi être « matante », c’est avoir une certaine fermeture d’esprit, ça n’a rien à voir avec les habitudes de vie. En tout cas, si oui, j’en suis une et je l’assume très bien. Je n’ai jamais été une party animal non plus, c’est pas mon truc. Sauf que je me souviens de moi, il y a à peine 10 ans. J’étais différente. J’osais plus. Je me posais ben moins de questions. J’analysais moins. Certains diront que c’est la maturité qui fait son chemin, mais je suis plus ou moins d’accord.

J’suis rendue que j’ai peur d’être la fille de 30 ans qui pense encore qu’elle a 17 ans. C’est relativement nouveau pour moi, d’être au magasin et d’avoir à me demander si je suis trop vieille pour porter telle ou telle affaire. Il y a eu un temps où je me fichais tellement de quoi j’avais l’air (j’aurais justement peut-être dû m’en faire plus mais bon), disons que les looks flyés ne me faisaient pas peur. Aujourd’hui, j’ai souvent l’impression d’avoir l’air too much, ou bien que j’essaie trop. Pourquoi est-ce que je me pose toutes ces questions aujourd’hui, quand il fut un temps où je m’en foutais royalement? Des fois, je me fais un super maquillage là, quelque chose de beau. Pour un souper, pour faire différent. Mais je finis presque toujours par me débarbouiller la face parce que je me trouve inappropriée. Quessé ça, ces grands questionnements? C’est vrai que je suis toujours là à encourager les autres à faire ce qui leur plait, mais quand il s’agit de moi-même par exemple… Faites ce que je dis, pas ce que je fais.

Pourtant, et c’est là que ça se complique dans ma tête, j’adore voir des femmes aux looks originaux. De tous les âges. J’admire celles qui passent par-dessus leur âge et dans le fond, celles qui se prennent encore pour des p’tites jeunes, ben tant mieux pour elles. Pas que c’est ce que je ferais rendu à 50 ans, mais à quelque part, elles ne portent pas attention à ce que les autres pensent et c’est une belle qualité. J’ai vu une dame d’une soixantaine d’années l’autre jour, elle avait une grosse mèche rose Barbie qui contrastait avec le gris argenté de sa tête. Je trouvais ça beau. Je ne sais même pas si j’aurais le guts d’en faire autant. Pourtant, mes cheveux en ont vu de toutes les couleurs. Je suis devenue trop sage, c’est ce que je disais.

Un moment donné, une fille peut pas magasiner toute sa vie chez Forever21 (comme le dit si bien le nom) et Ardène.

Je ne suis pourtant pas une personne obsédée par l’âge, et un peu comme je le mentionne plus haut concernant le terme « matante », je trouve qu’être vieux, c’est entre les deux oreilles que ça se passe. J’ai 30 ans, c’est certain que je ne me trouve pas vielle. Pas physiquement, du moins. Mais dans ma tête, oui, je le suis. Je le suis parce que je n’ai plus cette spontanéité, ce je-m’en-foutisme qui m’allumait. J’aurais voulu ne jamais perdre ça, vous comprenez?

Je dois me faire à l’idée, je crois bien avoir attrapé la platitude.