Vidage de cœur du 8 mai 2013

J’ai envie de me vider le cœur, aujourd’hui. Sans raison particulière, juste parce que ce n’est pas le genre de choses que je crie sur les toits, disons. Ça fait quelques semaines de ça, j’écrivais 5 trucs pour un mode de vie sain. J’écrivais aussi clairement que je préférais ne pas entrer dans les détails du pourquoi. Mais là, j’en ai envie.

Du plus loin que je peux me rappeler, j’ai toujours été complexée. Mon poids, en grosse partie. Sans être obèse, mettons que je fais partie de la gang de filles avec de la chair sur l’os. Sûrement rien de dramatique pour certains, mais toujours terrible pour moi. Je me revois, à peine adolescente, en train de faire toute sorte d’exercices stupides pour maigrir. Parce qu’avec l’école, ça ne s’est pas vraiment amélioré. Viennent les commentaires méchants, les rires. Au secondaire, tout ça a dégénéré, jusqu’au point où je n’allais même plus à mes cours de gym. J’allais passer le temps à la cafétéria de l’hôpital en face de ma polyvalente. J’ai fini une année avec 30% dans mon bulletin. Et franchement, je n’en avais rien à faire.

Comme pour justifier le fait qu’on se foutait de ma gueule, j’ai choisi la marginalité. Au moins, si on riait de mon physique, j’allais donner au monde une bonne raison de le faire. Je voyais pas ça de cette façon là à l’époque, mais aujourd’hui, ça fait un certain sens. J’ai commencé à teindre mes cheveux de toutes les couleurs possibles de l’arc-en-ciel, j’ai essayé tous les styles possibles. Je ne mettais probablement pas de chances de mon bord, mais too bad.

Mon plus gros défi de tous les jours, c’est d’essayer de cacher ce que je déteste de moi. Je suis presque certaine d’être née avec de la cellulite. Mes cuisses sont carrément ça, de la peau d’orange. Des shorts, j’en portais pas avant l’été passé. Mais tsé, quand il fait 40 degrés à l’ombre, fait chaud en jeans. Je le sais bien que c’est pas cute cute. Les bas collants sont géniaux, parce que ça camoufle quand je porte une robe. Mes hanches, j’en parle même pas. Mes bras non plus, je les aime pas. Idéalement, je devrais porter un suit de ski doo à l’année longue. J’ai une relation love-hate avec l’été. Le nombre de fois où j’ai entendu (majoritairement par des filles) que « quand t’as de la cellulite, tu le montres pas », je ne compte même plus. Comme si c’était une maladie contagieuse, criss. Ah oui, je n’ai pas parlé de mes mains. Mes mains de Hulk. Pas des petits doigts fins de pianiste, moi, non. Des doigts potelés. Quand je trouve une bague qui me fait, c’est presque un miracle, ça fait que je l’achète même si elle est ben ordinaire.

Le pire, souvent, c’est les sessions de magasinage. Quand je reviens chez moi, fâchée de ne pas être une taille 2 ou 4, parce que rien me va comme du monde. L’industrie de la mode n’est pas faite pour toi si tu n’as pas le corps d’une prépubère, c’est le message que j’ai l’impression qu’on m’envoie. Les choses commencent à changer, vous me direz, mais quand je lis des monstruosités comme celle-là, je ne sais plus quoi penser.

Un autre ennemi juré: le miroir. Je ne me regarde jamais dans le miroir. Je me prépare le matin, that’s it. J’haïs vraiment les miroirs. Je n’ai pas envie de me voir. Tout comme je déteste me faire prendre en photo. Premièrement, je ne suis pas photogénique, et deuxièmement, ce n’est pas le genre de souvenir de moi que j’ai envie d’avoir dans 20 ans.

Je dépense beaucoup d’argent en produits de beauté. Énormément d’argent. Je me répète toujours que je trouverai LE produit qui m’avantagera, qui camouflera ceci, qui éliminera cela. C’est un cercle vicieux. Je le sais que ce n’est pas des cosmétiques qui changeront ma face au point d’en être plus satisfaite. Je vis dans le rêve et les promesses. À presque 30 ans, I should know better. Mais j’aurais tellement voulu avoir un visage avec de beaux traits fins, être une beauté naturelle.

Je pense que c’est ça, le gros drame. Je n’accepte pas de ne pas avoir ce que j’aurais voulu. Je travaille très fort pour obtenir une apparence acceptable, mais je le fais pour des raisons purement artificielles. Pourtant, je ne suis pas une personne qui juge les autres en se basant sur l’apparence. Mais envers moi, je suis cruelle.

J’essaie le plus fort que je peux de ne pas me comparer aux autres filles, mais ce que c’est difficile. Oui, j’ai fait du progrès. N’empêche que j’ai parfois des rechutes. Ça va juste prendre LA pitoune, sortie de nul part, et là, c’est fini, ma journée est scrap. Ce n’est même pas de la jalousie, je n’en veux pas aux belles filles, tant mieux pour elles. Je trouve ça injuste, c’est tout. Le principe de vouloir ce qu’on a pas, encore une fois.

Je suis consciente que j’obsède avec mon apparence, je le sais. Même pas parce que je me trouve hot, mais parce que je voudrais tellement l’être. Je sais aussi à quel point je m’empoisonne la vie avec tout ça. Croyez-moi, je travaille fort pour booster mon estime personnelle. C’est un combat de tous les jours contre moi-même. Ma vie, c’est Marie-eve vs. les autres. Je finirai peut-être par gagner, quand j’aurai 60 ans et que je me demanderai pourquoi j’ai gâché ma vingtaine avec des conneries.